Pourquoi une bonne mise à la terre des installations de pompage est essentielle ?
Dans une installation de pompage, la mise à la terre est trop souvent considérée comme une simple obligation réglementaire. En réalité, elle constitue un élément fondamental de la sécurité des personnes, mais aussi de la fiabilité mécanique et de la protection électrochimique des équipements.
Avec la généralisation des variateurs de vitesse (VV), les phénomènes électriques deviennent plus complexes : ces équipements génèrent des courants induits haute fréquence dans les rotors des moteurs. Sans un chemin de retour correctement maîtrisé, ces courants « vagabonds » peuvent traverser les roulements, provoquer une érosion électrique (pitting, fluting) et réduire significativement leur durée de vie.
Une mise à la terre correctement dimensionnée et conçue permet de canaliser ces courants parasites, de limiter les phénomènes de corrosion électrochimique et de préserver l’intégrité mécanique de l’installation. Dès lors, définir une stratégie de mise à la terre adaptée dès les phases de conception n’est pas seulement recommandé : c’est une condition indispensable pour garantir la durabilité et la performance de l’ensemble du système de pompage.
Mise à la terre : garantir la sécurité des personnes
Lorsqu’un défaut d’isolement survient, par exemple un conducteur en contact avec la carcasse métallique d’une pompe ou d’un moteur, la mise à la terre offre un chemin à faible résistance pour évacuer le courant.
➜ À quoi sert cette évacuation ?
- Protéger l’opérateur : le courant part directement vers la terre plutôt que de traverser une personne en cas de contact.
- Déclencher rapidement les protections : le disjoncteur différentiel détecte la fuite et coupe le circuit (seuil maximal : 30 mA).
C’est la première ligne de défense en matière de sécurité électrique.
Protéger les équipements : un enjeu souvent sous-estimé
La protection des équipements a pour objectif de prévenir toute dégradation prématurée liée à la corrosion, aux contraintes mécaniques ou aux agressions du fluide pompé.
Une attention particulière doit être portée au couple galvanique, phénomène de corrosion électrochimique qui apparaît lorsque deux métaux de natures différentes sont en contact dans un milieu conducteur.
Plus la conductivité du fluide est élevée, plus le phénomène sera marqué et potentiellement destructeur.
👉 L’eau de mer constitue un facteur aggravant majeur, car sa salinité élevée augmente la conductivité du fluide et accélère la corrosion localisée, notamment aux interfaces de matériaux différents.
- Protection électrochimique
- Le raccordement à la terre permet de neutraliser les potentiels électriques parasites et de drainer les courants vagabonds susceptibles d’accélérer la corrosion galvanique.
- En assurant un potentiel commun à tous les éléments métalliques (pompe, tuyauteries, support, châssis), on évite les différences de potentiel et donc la formation de piles électrochimiques.
- Protection mécanique indirecte
- La corrosion galvanique ou électrolytique affaiblit les surfaces métalliques, notamment au niveau des zones de contrainte (boulonnerie, portées, brides, arbres, etc.).
- En réduisant la corrosion grâce à une bonne mise à la terre, on préserve la résistance mécanique et la durabilité des composants.
- La mise à la terre contribue également à la dissipation des charges électrostatiques, évitant les micro-décharges qui peuvent endommager les garnitures, paliers ou roulements.
- Cas des réseaux isolants (PVC, PE, PP, etc.)
- Lorsque la tuyauterie est en matériau isolant, la pompe et les parties métalliques ne bénéficient plus d’une continuité électrique naturelle.
- Des zones électriquement flottantes peuvent alors se former où des charges s’accumulent, créant ainsi des différences de potentiel.
- Le raccordement à la terre permet de rééquilibrer ces potentiels, prévenant à la fois la corrosion et les contraintes mécaniques induites par ces déséquilibres.
L’équipotentialité : le principe indispensable
La mise à la terre n’est efficace que si tous les éléments métalliques sont interconnectés.
C’est ce qu’on appelle l’équipotentialité.
Elle impose :
- un point de terre fiable, vérifié et corrigé si nécessaire,
- la connexion de toutes les parties métalliques : volute, moteurs, tuyauteries, brides, châssis, robinetterie,
- l’utilisation d’un seul point de référence pour éviter tout différentiel de potentiel.
Dimensionnement et bonnes pratiques
Dans un système de pompage, la mise à la terre ne se limite pas à un respect de la norme : elle conditionne directement la sécurité des opérateurs et la longévité des équipements. Son dimensionnement doit donc être réalisé avec rigueur, en s’appuyant sur les prescriptions de la NF C 15‑100 et les contraintes propres aux groupes moto‑pompes.
Pour assurer la protection des personnes, la section du conducteur de terre est choisie en fonction du courant de défaut potentiel. Dans la plupart des installations, on utilise du cuivre nu de 16 mm², ou du cuivre isolé de 25 mm², valeurs à ajuster selon le courant de court‑circuit admissible. Ce conducteur relie la barrette de terre générale à la carcasse du moteur et au châssis de la pompe, assurant une continuité de protection sur l’ensemble du groupe moto‑pompe.
La norme impose par ailleurs que la résistance de la prise de terre ne dépasse pas 100 Ω. Toutefois, viser une valeur inférieure à 50 Ω est recommandé pour améliorer la dissipation des courants de fuite et réduire l’impact des champs électriques, particulièrement dans les environnements où cohabitent variateurs de vitesse, automates et câbles de puissance.
La mise à la terre contribuant également à la protection des équipements, des liaisons équipotentielles en cuivre de 6 à 10 mm² doivent relier toutes les parties métalliques : volute, tuyauteries, accessoires, châssis. Leur rôle est d’uniformiser les potentiels électriques afin d’éviter la circulation de courants électrolytiques susceptibles d’accélérer la corrosion ou de fragiliser les éléments mécaniques.
Enfin, il ne faut pas oublier que le moteur électrique possède sa propre liaison de terre interne (vert/jaune), intégrée dans le câble d’alimentation. Elle assure une protection complémentaire contre les chocs électriques et contribue à la fiabilité globale du système.
En résumé
La mise à la terre d’un système de pompage joue un rôle clé dans :
🔹 La sécurité électrique
Évacuation des courants de défaut
Protection des personnes et déclenchement rapide des protections
🔹 La protection mécanique et électrochimique
Réduction de la corrosion galvanique
Préservation de la durée de vie des roulements, garnitures et composants métalliques
🔹 La fiabilité globale de l’installation
Gestion des courants haute fréquence générés par les variateurs
Dissipation des charges électrostatiques
Maintien d’un potentiel homogène
👉 Une mise à la terre bien réalisée n’est pas une option : c’est le garant de la performance et de la longévité de vos installations de pompage.
Sylvain Jondot est Superviseur Service Clients pour la région Sud-Est. Retrouvez ses autres publications :
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